
La production locale des compléments alimentaires s’est imposée ces dernières années comme l’un des segments les plus dynamiques de l’industrie nationale, incarnant une transition stratégique vers une économie de la valeur ajoutée, de la souveraineté sanitaire et de la création d’emplois qualifiés. Autrefois dépendante quasi exclusivement de l’importation, la filière a connu une véritable mutation grâce à l’émergence d’un tissu de producteurs nationaux qui ont investi dans des unités de fabrication modernes, conformes aux normes internationales de bonnes pratiques de fabrication. Cette dynamique a permis non seulement de réduire la facture d’importation, mais surtout de générer une valeur ajoutée substantielle au sein même de l’économie nationale, à travers la transformation locale des matières premières, l’intégration progressive des intrants et le développement d’une expertise scientifique algérienne en matière de formulation et de recherche et développement. Aujourd’hui, chaque boîte de complément alimentaire produite en Algérie représente des emplois directs dans les usines, des emplois indirects chez les fournisseurs d’emballages, de services logistiques et de distribution, et une contribution directe au produit intérieur brut hors hydrocarbures que les pouvoirs publics s’attachent à promouvoir.
C’est dans ce contexte de croissance prometteuse que s’inscrit la volonté des pouvoirs publics de renforcer l’encadrement et l’organisation du secteur. Une démarche saluée par l’Association Nationale des Producteurs de Compléments Alimentaires, l’APACA, qui réaffirme son soutien total à la mise en place d’une réglementation claire et rigoureuse. Pour les producteurs, réglementer est une nécessité absolue pour mieux organiser le marché, renforcer la qualité et la traçabilité des produits et, avant tout, garantir une protection optimale du consommateur face à un marché mondial parfois exposé à des produits non conformes. Une réglementation forte est perçue comme un gage de crédibilité qui permettra à la production nationale de gagner la confiance du citoyen et de s’ouvrir à terme aux marchés d’exportation.
Toutefois, l’APACA attire l’attention sur un pilier fondamental de l’équilibre actuel de la filière qui doit être préservé dans le futur cadre réglementaire, à savoir le maintien du système actuel de distribution mixte. La force du modèle algérien repose en effet sur la complémentarité de deux circuits qui ont su coexister et se renforcer mutuellement, le circuit pharmaceutique qui occupe naturellement une place essentielle et légitime, et le circuit parapharmaceutique qui s’est développé au fil des années en fonction des spécificités mêmes du marché des compléments alimentaires. Il ne s’agit pas d’opposer ces deux réseaux mais de reconnaître que leur coexistence constitue une véritable force pour la filière, chaque acteur apportant son expertise et sa présence de terrain pour répondre aux besoins spécifiques du produit et du consommateur.
Pour l’association des producteurs, réglementer ne doit en aucun cas signifier exclure ni créer une situation de monopole de distribution. L’objectif doit être de définir clairement les conditions d’exercice de l’activité, les responsabilités et les exigences de qualité et de stockage applicables à chaque intervenant, afin de bâtir un système structuré, sécurisé et soumis au contrôle des autorités, tout en préservant l’efficacité de la couverture nationale. Les distributeurs parapharmaceutiques ne sont pas de simples livreurs, ils représentent un maillon historique qui a accompagné le développement de la filière depuis ses débuts. Grâce à leur spécialisation, ils accordent une priorité de plus de soixante-dix pour cent à la distribution des compléments alimentaires, accompagnent les producteurs dans le lancement de leurs nouvelles marques quelle que soit leur taille, y compris les jeunes entreprises innovantes qui n’auraient pas pu accéder au marché sans leur soutien, et garantissent la rapidité et la continuité de l’approvisionnement sur l’ensemble du territoire national, y compris dans les wilayas les plus éloignées.
Ce rôle s’est révélé crucial durant la crise sanitaire liée à la Covid-19, où ce réseau a démontré une résilience exceptionnelle en contribuant à assurer la continuité de l’approvisionnement dans des conditions particulièrement difficiles. Supprimer l’un des deux circuits reviendrait à fragiliser un équilibre construit progressivement et patiemment aux côtés des producteurs, à réduire les capacités de couverture du marché, à affecter la disponibilité des produits et, in fine, à freiner le développement d’une filière nationale dont une partie importante de l’équilibre repose précisément sur cette complémentarité. La préservation du système mixte est donc une condition sine qua non pour que la production locale puisse continuer à créer de la valeur ajoutée, à investir et à innover. L’APACA appelle ainsi à une concertation qui tienne compte des réalités du terrain et confirme sa pleine disponibilité à contribuer au dialogue pour aboutir à un cadre qui assure à la fois une organisation durable du marché, la protection du consommateur par des produits de haute qualité et le maintien de l’efficacité des circuits existants, afin de consolider ce secteur économique prometteur et stratégique pour l’économie nationale.




