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Les enjeux géostratégiques du gazoduc Nigeria-Algérie Face aux nouvelles mutations gazières mondiales
 
 
Mise à jour : 30-11-2021
 
Depuis la déclaration du ministre de l'Energie du Nigeria et récemment de l'ambassadeur de ce pays à Alger, nous assistons à des déclarations sans analyses sérieuses  sur le fameux  gazoduc  Algérie-Nigeria. Pour ne pas renouveler les  erreurs du passé de déclarations sans lendemain, il s'agit d'analyser ce dossier très complexe,  sans passion devant privilégier  uniquement les intérêts  de l'Algérie objet ce cette présente contribution. 
 
Mais le   le plus grand concurrent de l'Algérie sera la Russie, avec des coûts bas où la capacité du South Stream de 63 milliards de mètres cubes gazeux, du North Stream1 de 55 et du North Stream2 de  55 milliards de mètres cubes gazeux, soit au total 173 milliards de mètres cubes gazeux en direction de l'Europe (Conférence/débats du Pr Abderrahmane Mebtoul, à l'invitation de la Fondation allemande Friedrich Ebert et de l'Union européenne 31 mars 2021).
 Ne pouvant contourner toute la corniche de l'Afrique, outre le coût élevé par rapport à ses concurrents, le fameux gazoduc Sibérie Chine, le Qatar et l'Iran proche de l'Asie avec des contrats avantageux pour la Chine et l'Inde ,  le marché naturel de l'Algérie, en termes de rentabilité, étant  l'Europe où la part de marché de l'Algérie face à de nombreux concurrents , en Europe est en baisse  où selon le site " Usine Nouvelle ", la Russie fournit 36% du gaz importé par l'Europe,  la Norvège (23%), les autres fournisseurs de GNL (10%) et l'Algérie   environ 8%.
 
3.-Avec les tensions budgétaires que connaît l'Algérie, il  y a lieu de ne pas  renouveler l'expérience malheureuse du  projet GALSI, Gazoduc Algérie-Sardaigne-Italie,  qui devait être mis en service en 2012, d'un coût initial de 3 milliards de dollars et d'une capacité de 8 milliards de mètres cubes gazeux, devant  approvisionner également  la Corse. Il a été abandonné par l'Algérie    suite à l'offensive du géant russe Gazprom, étendant ses parts  de marché, avec des pertes financières de Sonatrach ayant consacré d'importants montants en devises  et dinars pour les études de faisabilité (conférence à la chambre de commerce en Corse A.Mebtoul en 2012 sur le projet Galsi). Évitons ces déclarations utopiques  où avec toutes les  contraintes bureaucratiques que n'ont pas  levées tous  les codes d'investissement depuis l'indépendance politique, que si des projets hautement capitalistiques sont lancés en janvier 2022 , ils ne seront ne sera rentables qu'entre 2027/2030 comme la pétrochimie, le fer de Gara Djebilet ou le phosphate de Tebessa. En effet,  le  gouvernement prévoit   un nouveau code d'investissement en Algérie, après tant d'autres qui ont eu peu  d'impact sur la production et exportation hors hydrocarbures, ayant peu attiré les investisseurs étrangers, excepté par le passé, dans le segment des hydrocarbures, mais avec une chute depuis 2018.  Malgré le dérapage du dinar pour ne pas  dire dévaluation de 5 dinars vers les années 1970/1973 de 80 dollars entre  2000/2004 et actuellement entre 137/138 dinars un dollar cela n'a pas permis de dynamiser les  exportations hors hydrocarbures où plus de 97% avec les dérivées  des entrées en devises proviennent des hydrocarbures, le rapport  Sonatrach 2020 donnant   2 milliards de dollars et pour 2021 le montant est plus important et  sur les 4 à 5 milliards de dollars prévus  ne laissant aux autres rubriques moins  de 2 milliards de dollars pour fin 2021. 
En plus pour une appréciation objective, doit être tenu compte ,  pas seulement de la valeur, certaines produits comme les engrais et d'autres ayant  vu  leurs prix augmenter  au niveau du marché international entre 30/50% mais du volume , les volumes ( en kg ou en tonnes)  des produits exportés, la seule référence pour voir s'il y a eu réellement augmentation des exportations et performances des entreprises algériennes. ,  Et pour la balance devises  nette pour l'Algérie, il y a lieu de  soustraire les matières premières importées en devises,  les subventions  comme le prix de cession du gaz pour certaines unités exportatrices à un prix largement inférieur à l'international, et des exonérations fiscales.  Comment dès lors  vouloir attirer  les investisseurs, outre le dérapage prévu du dinar dans le PLF2022 où le  taux  de  change  du  dinar  par rapport au dollar américain, en moyenne annuelle, devrait évoluer à 149,3 dinars pour un dollar en 2022, à 156,8 dinars pour un dollar en 2023 et 164,6 dinars pour un dollar en 2024.avec un écart de plus de 50% sur le marché parallèle  , aucun pays  de par le monde ne prévoit une dévaluation de sa monnaie sur deux ou trois ans)  qui a pour finalité d'encourager  les activités spéculatives,  selon le premier ministre environ  de 2 500 projets d'investissement sont en attente de l'aval du Conseil national de l'investissement (CNI). Mais, il faudrait comptabiliser  d'autres projets qui ne passent pas  par le conseil national d'investissement  à l' ANDI. l'ANSEJ, e CNAC, ANGEM, organe sous différentes tutelles ministérielles  alors qu'ils ont le même objectif, densifier le tissu économique.  Cela n'est pas propre  l'investissement  puisque pour les  énergies renouvelables, nous avons le ministère de l'Energie à travers Sonelgaz et Sonatrach, un commissariat aux énergies renouvelables en plus d'un ministère de la transition énergétique, un Ministère de l'environnent, en  plus de l'aménagement du territoire rattaché au Ministère de l'intérieur , alors que les objectifs stratégiques  doivent relever du conseil  national de l'Energie , toutes ces structures  qui se télescopent   montrant le manque de coordination  Car en plus   du scénario interminable   des importations de voitures qui ne voit pas le jour, des augmentations de prix des voitures d'occasion de 100% , avec le risque d'accidents du fait de la pénurie  de pièces détachées, de certains  médicaments et biens d'autres produits accélérant le processus inflationniste ( déséquilibre offre/demande) , cela est la résultante de la restriction drastique des importations afin de préserver les réserves de change  qui ont paralysé la majorité de l'appareil de production. Et  si  ces 2500 projets  sont calqués sur la structure économique actuelle  où 85% des matières premières sont importées en devises, entreprises publiques et privées  en plus de l'importation des équipements en devises, avaient été réalisés  , le scénario le plus probable  aurait été  l'épuisement des réserves de change fin 2021,qui sont passées  de 194 milliards de dollars au 01 janvier 2014 à 48 fin 2020 et 44 fin  mai 2021.    L'attrait de l'investissement à forte valeur ajouté ne saurait résulter de lois mais d'une réelle volonté politique allant vers de profondes réformes, une stabilité du cadre juridique  et monétaire permettant la visibilité  et que  les pays  qui attirent le plus les  IDE n'ont pas  de codes d'investissement.  Mon expérience et mes contacts internationaux aux plus hauts niveaux, montrent que le temps est terminé  des relations personnalisées entre chefs d'Etat ou de ministres à ministres où dominent les réseaux décentralisés  et que tout investisseur est attiré par le profit qu'il soit américain, chinois, russe, turc  ou européen. Il appartient à l'Etat régulateur , stratégique en économie de marché, comme un chef d'orchestre de concilier les  coûts privés et les coûts sociaux . C'est par la méconnaissance des nouvelles règles qui régissent  le commerce international  qui explique les nombreux litiges internationaux avec des pertes se chiffrant en dizaines de millions de dollars.
En conclusion,  fortement dépendante des hydrocarbures, est avant tout un pays gazier qui lui procure avec  les  dérivés plus de  33% de ses recettes en devises,  devra donc être attentif aux mutations gazières mondiales ( voir analyse développée par Pr A. Mebtoul dans la revue internationale gaz d'aujourd'hui Paris 2015 sur les mutations mondiales du marché gazier ). La   part du GNL représentant en 2020 plus de 40 % de ce commerce mondial contre 23 % à la fin des années 1990, n'est pas un marché mondial mais un   marché segmenté par zones géographiques alors que le marché pétrolier est homogène, du fait de la prépondérance des canalisations, étant  impossible qu'il réponde aux mêmes critères. Pour arriver un  jour à un marché du gaz qui réponde aux normes boursières du pétrole (cotation journalière) , il faudrait que la part du GNL passe  à plus de 80%. 
D'ici là, car les investissements sont très lourds,  tout dépendra de l'évolution   entre 202122030/2040,  de la demande en GNL qui sera fonction  du nouveau modèle  consommation énergétique  mondial  qui s'oriente  vers la transition numérique et énergétique avec un accroissement de la part du renouvelable, de l'efficacité énergétique  et entre 2030/2040 de l'hydrogène  qui déclassera   une grande part de l'énergie transitionnelle.  
Le monde s'oriente en 2021/2030, inéluctablement, vers un nouveau modèle de consommation énergétique fondé sur la transition énergétique. 
L'énergie, autant que l'eau, sont au cœur de la souveraineté des États et de leurs politiques de sécurité.  Les nouvelles dynamiques économiques modifieront les rapports de force à l'échelle mondiale et affectent également les recompositions politiques à l'intérieur des États comme à l'échelle des espaces régionaux'. La stratégie gazière mondiale et notamment en Méditerranée principal ,marché de l'Algérie,  la concurrence est acerbe, ne devant jamais oublier que  dans la pratique  des affaires et des  relations internationales n'existent pas  de sentiments mais, que des intérêts, chaque pays défendant ses intérêts propres. 
ademmebtoul@gmail.com
 
Professeur des universités, expert international, membre de plusieurs organisations internationales et de nombreuses contributions sur les mutations énergétiques mondiales. Pr Abderrahmane Mebtoul a présidé, au nom de l'Algérie,  la commission transition énergétique de la société civile de la méditerranée orientale + Allemagne 2019/2020 et a donné une  conférence  en juin 2019, à Marseille France, sur la place de l'Algérie dans le cadre  de la stabilité de la région euro-méditerranéenne et africaine en présence, du président français, des ministres des affaires étrangères , dont l'Algérie , des organisations internationales, FMI, Banque mondiale, BIRD, Union européenne..
(Suite et fin.)  
 
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